Bien que la situation du lac Brompton, en Estrie, soit bonne, elle reste préoccupante. Une situation jugée assez sérieuse pour que les différents acteurs de la région aient choisi de travailler ensemble à sa protection.
Un lac classé «rouge»
Le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE) a classé ce plan d’eau «rouge», en raison de la présence de cinq espèces exotiques envahissantes : le myriophylle à épis, la vivipare georgienne, la vivipare chinoise, le potamot crépu et le cladocère épineux. Certaines de ces espèces ont colonisé le lac à cause de l’achalandage nautique qui s’est intensifié depuis la pandémie.
«Mais pas de panique», précise David O’Connor, chargé de projet en environnement au CREE.
«Lorsqu’un lac est classifié contaminé que ce soit au niveau rouge ou jaune, ça ne veut pas dire que tout est fini. Au contraire, c’est le moment d’agir. La présence d’une espèce exotique envahissante nous indique qu’il y a eu une ou plusieurs introductions de cette espèce dans le plan d’eau par le passé. Et que nous devons mettre en place des mesures.»
C’est justement la mission que se donne l’Association pour la protection du lac Brompton (APLB), qui œuvre sur le terrain depuis 1978.

Une équipe «excessivement dynamique»
Ingénieur de formation, Serge Veilleux occupe la présidence de l’APLB depuis neuf mois. Ce retraité a décidé de «faire le saut» pour s’impliquer plus activement dans sa communauté où il vit depuis une vingtaine d’années. «J’amène à l’organisation un côté technique et de la gestion, parce que j’ai été en charge des opérations manufacturières dans une entreprise à Sherbrooke.»
Il se dit étonné de découvrir cette association de l’intérieur.
«À ma grande surprise, je suis embarqué avec une équipe excessivement dynamique qui a à cœur la protection du lac. Ce sont des bénévoles et des gens de passion, qui donnent de leur temps. J’ai été frappé par tout ce que l’association fait pour la préservation du lac. C’est vraiment incroyable.»

«Nous voulons harmoniser nos règlementations»
L’arrivée en poste de Serge Veilleux a permis de concrétiser un souhait de longue date de l’Association : réunir à une même table les municipalités de Saint-Denis-de-Brompton, Racine et Orford, tous bordés par le lac.
Un comité intermunicipal réunit désormais des représentants de l’Association, les maires et les directions générales. L’objectif : concerter les actions de tous les acteurs.
«Nous avons déjà une réglementation qui concerne le lac. Mais elle n’est pas identique à celle d’Orford et de Racine. Par exemple, si on veut limiter la vitesse, il faut s’assurer que la règlementation soit commune. Même chose pour le lavage obligatoire des bateaux. Notre but premier, c’est de protéger le lac. Et pour ce faire, ça prend une entente intermunicipale officielle», explique Daniel Veilleux, maire de Saint-Denis-de-Brompton.
Le magistrat apprécie travailler avec cette association «très proactive». «Les trois municipalités ont la chance de pouvoir compter sur un partenaire de choix avec l’APLB.»
Le maire de Racine, Mario Côté, indique que les élus voulaient adopter et mettre en vigueur des règlements pour l’été 2026, mais qu’il y aura un délai.
«Nous voulons harmoniser nos règlementations, mais c’est complexe. Il faut s’entendre et mandater des personnes. Nous sommes persuadés d’y arriver pour 2027.»

Priorité : préserver le lac
Mario Côté prend d’ailleurs très au sérieux la protection des plans d’eau. «Le message qu’on souhaite passer c’est : si on ne préserve pas le lac, eh bien il n’y en aura plus!»
Il prend pour exemple le Petit lac Saint-François, aussi appelé lac Tomcod, à Saint-François-Xavier-de-Brompton. Qui est considéré comme l’un des pires lacs au Québec. Le maire ne souhaite pas que les plans d’eau sur le territoire de sa municipalité se rendent jusque-là. «C’est bon pour l’environnement, mais c’est aussi pour conserver la valeur des propriétés», résume-t-il.
«Il faut augmenter la prévention et travailler en amont. Plutôt que d’avoir à dépenser ensuite des milliers de dollars comme doivent le faire d’autres cours d’eau», fait valoir Serge Veilleux.

Depuis 2023, une station de lavage
L’une des actions concrètes résultant de cette concertation a été de mettre sur pied, en 2023, une station de lavage pour les embarcations nautiques sur la Côte de l’Artiste à Saint-Denis-de-Brompton.
«Après avoir été élu maire, en 2021, j’avais assisté à l’assemblée générale de l’Association. Ils parlaient de l’importance d’avoir une station de lavage, mais qu’il fallait que les municipalités s’impliquent. Je leur ai promis qu’on trouverait un emplacement et que ce serait à Saint-Denis. Nous avons alors collaboré avec Racine en leur disant qu’on s’occuperait de l’installation et que nous partagerions les frais», rappelle Daniel Veilleux.
Une autre station de lavage est également accessible au parc de l’Érablière, sur le chemin de la Sucrerie à Orford.

Plus de patrouilles de la SQ
Pour donner plus de fermeté aux réglementations et protéger ainsi ce plan d’eau et d’autres, les maires ont fait adopter en mars dernier une résolution par la MRC qui demande à la Sûreté du Québec (SQ) de bonifier son offre de service au niveau récréotouristique. Ce qui permettra un contrôle des patrouilles, entre autres dans les secteurs de Saint-Denis-de-Brompton et de Racine.
«Le Val est reconnu pour son offre récréotouristique en matière de vélo, motoneige, VTT et nautique, plus particulièrement dans le secteur du lac Brompton. De plus, il y a l’agrandissement du Parc national du Mont Orford. La volonté est de pouvoir assurer une surveillance adéquate des lacs et sentiers dans ce secteur qui sera de plus en plus achalandé», fait savoir Ana Rosa Mariscal, conseillère en communications et aux relations publiques à la MRC du Val-Saint-François.
«En se faisant reconnaitre comme zone récréotouristique, ça fait en sorte qu’il y a non seulement plus de patrouilles de la SQ sur les lacs, mais aussi sur les sentiers de motoneige et de VTT, ainsi que sur les pistes cyclables. Ça n’a pas été difficile de convaincre les autres maires. C’est gagnant pour toutes les municipalités», croit Mario Côté.
SUITE LA SEMAINE PROCHAINE : «Notre mission : protéger le lac Brompton» (2 de 2)
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